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Tournée en Nouvelle-Zélande, le grand bilan

  • 23 juil. 2025
  • 5 min de lecture

La tournée en Nouvelle-Zélande est désormais derrière nous, il est temps de revenir à froid sur cette aventure qu'ont vécue les Français. Bien que soldée par 3 défaites en 3 oppositions, le bilan est presque anecdotique. Évidemment, les joueurs voulaient l’emporter, mais ce n’est pas là le principal enseignement de la tournée. Que tirer de ce voyage au pays du rugby et dans quel but sportif s'inscrit ce périple ?

Des tests grandeur nature !

À l’annonce de la non-participation des joueurs cadres (aussi appelés premiums), beaucoup ont remis en cause l’utilité d’une telle tournée. Partir à l’autre bout du monde pendant plus d’un mois, défier les grands All Blacks avec un effectif remanié, était-ce une bonne idée ?Mais dès les premiers matchs, les intentions du staff tricolore se sont fait ressentir. Le staff n'était pas là pour développer son plan de jeu ou pour faire goûter le “french flair” à l’armada néo-zélandaise. Ici, l’objectif était de se tester à grande échelle. Se tester face à ce qui se fait de mieux, et comme l’a dit Fabien Galthié : l’idée était de révéler des joueurs. Ainsi, le but principal de cette tournée était de faire évoluer des joueurs plus ou moins proches du XV de France à un niveau international. Au-delà de tout résultat sportif, cette tournée a permis à beaucoup de joueurs, habituellement réservistes ou remplaçants, de passer un cap et d'engranger des minutes avec le Coq sur le cœur. C’est le cas de Théo Attissogbé et d'Émilien Gailleton, qui ont tous deux engrangé un très grand nombre de minutes (161 pour Gailleton et 240 pour Attissogbé).Cette volonté de test s’est également ressentie à travers le jeu produit par le XV de France. Lors de cette tournée au pays du rugby, les Bleus ont adopté un style plutôt inhabituel. Avec comme ambition de révéler, Fabien Galthié n’a pas manœuvré ses joueurs pour les faire jouer à la façon du XV de France avec ses joueurs “premiums”. Pendant ces 5 semaines, les Bleus se sont préparés en fonction de leurs adversaires, en essayant de s’adapter totalement à eux. Face à une équipe néo-zélandaise qui aime avoir la possession, Fabien Galthié et son staff ont misé sur une défense solide. Avec un premier rideau compact et dense, le XV de France a pu rivaliser, dans le combat, face à ce qui se fait de mieux au monde. Avec Joris Segonds à la baguette, la stratégie mise en place était de défendre fort avec un rideau solide et d'avancer au pied. 

Ainsi, les joueurs sont passés au révélateur All Blacks. Ce qui a permis au staff tricolore de connaître les profils qui répondront présent ou non lors de rudes combats. Avec plus de 210 plaquages en moyenne par match, les Bleus ont su montrer une forte solidarité défensive, dégageant ainsi un fort sentiment de fierté.

Cependant, bien que, au vu du style utilisé, les options offensives n’aient pas été la grande priorité du staff, les Bleus ont parfois semblé sans solution. Avec un jeu laissant la possession aux Blacks, nos Français n’avaient que très peu de ballons à se mettre sous la dent. Et sur les rares opportunités offensives dans le jeu courant (en excluant les lancements de jeu), les fameuses phases de construction* se sont faites rares. Vaillants, certes, mais peu inspirés par moments. Alors bien qu’il semblait compliqué de développer un plan de jeu offensif efficace en si peu de temps, ce système mis en place par le staff a parfois desservi certains joueurs. Certains profils, plus à l’aise dans le jeu de possession que dans celui de dépossession, ont perdu des points. C’est le cas de Baptiste Jauneau notamment qui malgré sa progression reste court sur son jeu au pied. Mais, celui qui a peut-être le plus souffert de la stratégie française est Léo Barré. Avec 14 joueurs dans le premier rideau, l'arrière parisien, qui sort d’une année plutôt compliquée, s’est retrouvé seul à couvrir le troisième rideau français. Laissant ainsi des espaces libres dans le champ profond, qu’ont parfaitement utilisés les Kiwis lors des deux derniers tests. Bien que le staff risque d'être lucide vis-à-vis de Léo Barré, le massicois de formation aura connu une tournée plus que compliquée. 

Contrairement à certains joueurs, d’autres ont quant à eux marqué des points. À commencer par ce qui n’est plus une surprise : Mickaël Guillard. Le Lyonnais a encore une fois été excellent. Actif en défense comme en attaque, à un poste qu’il n’avait jamais occupé. Au-delà de sa grande forme et de son niveau actuel, Guillard va poser de grands problèmes à Fabien Galthié. Car où le mettre ? En 8 ? En 5 ? Titulaire ou remplaçant ? Là est la question. Cette tournée est une vraie confirmation pour Mickaël Guillard, qui n’a pas fini de nous impressionner. Dans un autre registre, cette tournée aura été positive en termes de temps de jeu : durant ces 4 matchs, des joueurs de rotation tels qu’Attissogbe, Gailleton, mais aussi Auradou et Depoortere ont pu porter le maillot bleu, et ce avec grande satisfaction. Faire matcher de tels potentiels à ce niveau n’est que bénéfique pour les joueurs et le XV de France. D’autres joueurs, que l’on attendait peut-être moins, se sont vraiment révélés. Tout d’abord, le trio clermontois Fischer, Tixeront, Montagne a réalisé une bonne tournée. Mention spéciale pour le pilier, qui pourrait bien se faire une place à gauche au vu du manque de profondeur à ce poste. Halagahu et Tom Spring ont, eux aussi, laissé leur nom au sélectionneur, qui pourrait avoir à compter sur eux. Avec comme objectif de développer son réservoir et de tester ses joueurs, Fabien Galthié aura eu ce qu'il souhaitait. Dans un cadre sain et une ambiance chaleureuse, le XV de France pourra tirer de grandes choses de ses joueurs, tant humainement que sportivement.

*D’un point de vue tactique, le terrain est découpé en plusieurs zones. Généralement, ces zones changent de taille en fonction des équipes. La zone de construction, située au centre du terrain, indique l’endroit où les équipes vont chercher à se développer en multipliant les phases de jeu.

Une tournée au goût amer ?

Tout en respectant et en considérant le travail et l'énergie déployée par les joueurs du XV de France, la question de l’absence des joueurs premiums fait tâche. Bien qu’il soit normal qu’avec des saisons à rallonge et l'état physique de certains, certains joueurs ayant énormément joué cette année ne soient pas de la partie. Mais à deux ans de la Coupe du monde, une expérience de groupe telle qu’une tournée en Nouvelle-Zélande n’aurait pas été de refus. Après la déception de 2023, les supporters tricolores n’attendent qu’une chose : 2027.Mais comment bien se préparer à une telle échéance en ne disputant des matchs internationaux avec notre groupe au complet qu’en novembre à domicile ?Bien que le Tournoi des Six Nations fasse office d'expérience collective, se mesurer aux nations du Sud, dans leur antre, reste pour le moment bien lointain. Mais avec un Top 14 aussi exigeant physiquement et autonome économiquement, aucune solution n’existe réellement. Les joueurs n'étant pas des robots, il serait impossible de demander à Louis Bielle-Biarrey, qui termine la saison avec Bordeaux lessivé, d'enchaîner avec une tournée en Nouvelle-Zélande dès la finale clôturée. À l’heure actuelle, il n’y a pas vraiment de solution à tout ça. Mais en comparaison avec le rugby sud-africain et néo-zélandais, les deux nations dominantes en Coupe du monde, leurs systèmes reposent essentiellement sur l'équipe nationale, et tout le calendrier est prévu pour que les joueurs soient en forme pour la sélection. Cette même sélection qui emploie les joueurs. Le système français et son beau Top 14 reste singulier dans le monde du rugby. Cependant, n’est-il pas un frein à la performance de notre équipe nationale ?Et bien tant que le XV de France n’a pas soulevé la coupe Webb Ellis, c’est le cas. Mais quand on voit à quel point la France était proche de battre le champion du monde en 2023, on peut se poser des questions.




Matthieu Braguet



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