Retro Rugby ep.1 : Le Miracle de Twickenham
- 15 juin 2025
- 7 min de lecture
Retro Rugby ep.1 : Nouvelle-Zélande - France - Coupe du Monde 1999
Premier épisode de ma nouvelle série. Le but est de replonger ensemble dans certains des plus grands matchs de l’histoire du rugby. Pour cette première édition, on replonge dans la demi-finale de la Coupe du monde 1999.

Nous sommes le 31 octobre 1999, le XV de France affronte les All Blacks à Twickenham, pour une demi-finale qui s’annonce déjà comme l’une des plus grandes de tous les temps. Monsieur Jim Fleming tient son sifflet, c’est parti… le stade retient son souffle. Titou Lamaison frappe dans le ballon posé au sol (à l'époque les engagements ne se faisaient pas en drop, le ballon était posé sur un monticule de terre et le joueur tirait comme une transformation), le match est lancé.
Un match âpre
Les premiers ballons annoncent la couleur, les joueurs sont nerveux, côté français comme côté néo-zélandais. Dès son premier ballon, Emile Ntamack tente un jeu au pied trop peu inspiré, directement reçu par l’arrière des Blacks, Jeff Wilson, qui rend immédiatement le ballon aux Bleus. Quelques secondes plus tard, Lamaison tente un par-dessus, bien trop mal réalisé. Heureusement, les Blacks étaient hors-jeu. Une occasion pour l’ouvreur d’ouvrir le score et de calmer les siens. Les Bleus mènent 3-0 aux alentours de la 3e minute du match. Mais cet avantage ne va pas durer bien longtemps. Rapidement, les Blacks vont égaliser par l’intermédiaire de leur ouvreur et buteur Mehrtens.
Le match est âpre, les deux formations sont beaucoup pénalisées, le défi physique est roi. Il faut attendre la 17e minute pour voir la première occasion d’essai. Sur un coup de pied de Lamaison, Kelleher contre-attaque depuis le deuxième rideau, deux temps de jeu plus tard, Cullen, le deuxième centre, fixe deux Français et sert d’une magnifique passe après contact son arrière dans l'intervalle. Ce dernier, décalé dans le couloir des 15 mètres, va venir s'empaler sur Xavier Garbajosa à 5 m de la ligne. Pour le plus grand malheur des Bleus, l’arrière français va se faire attraper par la patrouille de Monsieur Fleming. Sur son plaquage sauveur, le Toulousain ne va pas sortir de la zone plaqueur-plaqué. À 5 m de la ligne, c’est un carton jaune. Les All Blacks ont l’avantage et ils en sont conscients. Après une tentative au près, les Kiwis vont bénéficier d’une deuxième pénalité, et cette fois, ce sont les 3 points. Mehrtens transforme les efforts des siens et permet à son équipe de mener 6 à 3.
Dominici, le génie
Le match est stratégique, âpre et sans folie. Mais c'était sans compter sur un petit ailier aux cannes de feu qui va mettre un brin d’extraordinaire dans l'entrée de Twickenham. À 60 mètres de la terre promise, Fabien Galthié trouve son ailier de poche Christophe Dominici. Ce dernier se joue de Tana Umaga et franchit, d’un crochet intérieur dont lui seul a le secret. Il mystifie Kelleher avant de rééditer sur Wilson. Il faut alors un effort surhumain de Cullen pour arrêter l’ailier parisien à 5 mètres de la ligne. Mais ça ne suffira pas. Dourthe extrait le ballon de la zone de ruck, Lamaison n’a plus qu’à courir. La France exulte, la France mène 8 à 6. Face aux poteaux, c'est une formalité pour l’ouvreur qui transforme son propre essai. Le Coq mène désormais de 6 points.
Le réveil de Lomu
Mais comme depuis le coup d’envoi, les Bleus rendent trop facile le travail aux All Blacks. Dès le renvoi, Lièvremont se met à la faute et offre ainsi 3 nouveaux points à la botte d’Andrew Mehrtens, qui réduit le score à 10-9. Au fait. Si vous avez bien pris le temps de regarder la composition, vous verrez qu’un certain Jonah Lomu était sur le terrain. Et bien oui, c’est vrai, mais avant la 25e minute de jeu, l’ailier néo-zélandais n’avait rien à se mettre sous la dent. Seulement quelques secondes après la pénalité de Mehrtens, la puissance du colosse pointe le bout de son nez. Trouvé au niveau de la ligne des 40 mètres, le natif d'Auckland va d’abord crocheter Ntamack avant d’emporter 4 Français et de finir dans l’en-but. La défense française est dégoûtée, les regards sont vides. Jonah Lomu vient d’emporter les Bleus et redonne l’avantage à son équipe. Avec sa coupe atypique, Lomu vient d'inscrire son 24e essai en sélection. Les Blacks mènent désormais 14 à 10 après la transformation ratée de Mehrtens.
Le match s’emballe
L’essai de Lomu semble avoir lancé les festivités, puisque quelques minutes plus tard, les Bleus vont complètement surprendre leurs adversaires en jouant depuis leur 22 mètres. Décalé sur l'aile, Olivier Magne, troisième ligne moderne avant l’heure, va s'échapper le long de la touche. Comme un funambule, le joueur de l’ASM va remarquablement pousser au pied pour Bernat-Salles, qui manquera d’un cheveu d’inscrire le deuxième essai français et de répondre au colosse Lomu. Le jeu se poursuit et pendant plus d’un quart d’heure, il se restreint. Seuls les Blacks feront évoluer leur compteur avant la mi-temps avec une pénalité (17-10).
À la mi-temps, rien n’est joué. La France tient le ballon, domine, propose du jeu, mais flanche par son indiscipline. Avec seulement 7 points de différence, tout est encore possible pour nos Bleus. Le second acte commence comme le premier : du défi physique et de l’occupation. Le jeu au pied est l’arme fatale des deux formations. Face à des défenses dures sur l’homme, le pied peut être la seule option pour gagner du terrain. C’est d’ailleurs à la suite d’une partie de ping-pong rugby entre les arrières des deux formations que Jonah Lomu, servi par Jeff Wilson, va une nouvelle fois faire des siennes. Il déchire le premier rideau français, navigue dans la défense comme un adulte contre des enfants et marque son deuxième essai de la rencontre. Le monde est bouche bée. La France est menée 24 à 10 après la transformation de Mehrtens.
La remontée par le pied
Pour ne pas perdre le fil du match, les Bleus vont scorer par l'intermédiaire de deux drops de Titou Lamaison coup sur coup. Les 6 points du maître à jouer français font survivre le coq (24-16). Les Bleus vont poursuivre leur remontée. Révoltés et transcendés, les coéquipiers de Raphaël Ibanez vont une nouvelle fois s’en remettre à leur buteur. Après avoir inscrit deux drops un peu plus tôt, l’ouvreur du XV de France va ajouter 6 points de plus avec deux pénalités en quelques minutes. En un rien de temps, la France est passée de 24 à 10 à 24-22. Le match est complètement relancé.
Venu d’ailleurs
Le momentum est français, tout réussit aux Bleus. Et sur un turnover, Fabien Galthié va déposer le ballon d’un petit coup de pied par-dessus, juste devant les 22 mètres. Comme souvent, le rebond est trompeur. Ce qui aurait dû être un ballon facile pour Mehrtens est en fait un ballon d’essai pour Dominici. Bien aidé par un rebond parfait, l'ailier français surgit et chipe la balle devant les yeux de l’ouvreur néo-zélandais pour inscrire son deuxième essai personnel. La France mène désormais 24-29 et rêve de finale. Le XV de France est intouchable, comme si les 15 hommes sur le terrain étaient 50. Tout leur réussit, le french flair est à son paroxysme. Avant comme arrière, tout le monde s’y met. Sur un maul, les “gros” français vont emporter leurs vis-à-vis sur 25 mètres avant que les ¾ bleus ne terminent le travail en beauté. Richard Dourthe est à la réception d’un coup de pied de Lamaison et s'écroule dans l’en-but. La France exulte. Le XV de France a un pied en finale de la Coupe du monde.
Score : Nouvelle-Zélande 24 – France 36
Pour l’Histoire
Menés de désormais 12 points, les All Blacks n’ont plus d’autre choix que de tenir le ballon. Et à une vingtaine de minutes de la fin, le XV de la Fougère n’a jamais été aussi menaçant. Les assauts noirs se multiplient, la défense des Bleus subit mais ne rompt pas. Et d’un coup du sort, sur un en-avant de Tana Umaga, c’est Olivier Magne qui vient d’un grand coup de pied pousser le ballon jusque dans le camp néo-zélandais. À la course, Bernat-Salles arrivera le premier. Le monde admire la France. La France mène 24 à 43.
En Finale !
Le dernier essai de Jeff Wilson ne changera rien. La France s’imposera 31 à 43 et accédera à la finale de la Coupe du monde. Après 80 minutes d'effort et de bravoure, le XV de France, ce 31 octobre 1999, a fait tomber contre toute attente la grande fougère. Et si personne ne voyait nos Bleus s’imposer contre cette géante équipe néo-zélandaise, ils auront porté haut le blason du XV de France.
Malheureusement, les Bleus ne rééditeront pas leur exploit la semaine suivante en finale. L'Australie remporte la Coupe du Monde 1999 avec une victoire 35 à 12 contre la France.

L’opinion : Le rugby, il a changé !
Après avoir visionné les 80 minutes du match, une chose est sûre : la célèbre phrase de Kylian Mbappé s’applique parfaitement. C’est dans une toute autre époque, tant tactique que technique, que les deux équipes se sont affrontées.
À une ère où les 50-22 n’existaient pas, je ne m’attendais pas à voir autant de jeu au pied. Porter le ballon semblait presque un désavantage tant la conservation était difficile. Avec un arbitrage peu aidé par la technologie, les phases de rucks et d’affrontements étaient de véritables capharnaüms. Et pour conserver le ballon, les soutiens offensifs devaient parfois s’y mettre à cinq, voire six joueurs ! Avec autant de joueurs mobilisés dans les zones d’impact, impossible de créer un décalage : d’où un jeu au pied omniprésent, rendant parfois le match un peu monotone.
Je vous conseille pourtant ce match, tant il est historique. Rien que pour admirer certains monuments du rugby français : Dominici, Magne, Benazzi, et bien d’autres…Le match est passionnant pour prendre la mesure de l’évolution du rugby moderne, devenu bien plus professionnel, tant techniquement que physiquement.
Comparez par exemple Dominici et Louis Bielle-Biarrey, ou encore Galthié et Dupont : les morphologies, les rythmes, les exigences... tout a changé.Le rugby a aussi évolué dans ses règles : il est plus rapide, plus structuré, plus exigeant sur tous les plans.
Ce fut pour moi une très belle expérience. Certains aiment regarder les grands classiques du cinéma, moi, je regarde mes classiques… du rugby.
Feuille de match
France 43 – Nouvelle‑Zélande 31 Essais :
Compositions
France (sélectionneur : Jean‑Claude Skrela)
Cédric Soulette
Raphaël Ibañez (capitaine)
Franck Tournaire
Abdelatif Benazzi
Fabien Pelous
Marc Lièvremont
Olivier Magne
Christophe Juillet
Fabien Galthié
Christophe Lamaison
Christophe Dominici
Émile Ntamack
Richard Dourthe
Philippe Bernat‑Salles
Xavier Garbajosa
Remplaçants : Stéphane Glas, Ugo Mola, Stéphane Castaignède, Arnaud Costes, Olivier Brouzet, Pieter de Villiers, Marc Dal Maso
Craig Dowd
Anton Oliver
Carl Hoeft
Norm Maxwell
Robin Brooke
Reuben Thorne
Josh Kronfeld
Taine Randell (cap.)
Byron Kelleher
Andrew Mehrtens
Jonah Lomu
Alama Ieremia
Christian Cullen
Tana Umaga
Jeff Wilson
Remplaçants : Mark Hammett, Kees Meeuws, Todd Blackadder, Taine Randell, Justin Marshall, Tony Brown, Leon MacDonald




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